Au Brésil, la toile s’indigne contre la culture du viol

  • Claire Digiacomi
  • Les Inrocks

Selon un récent sondage, plus de la moitié des Brésiliens estiment que les femmes portant des vêtements qui laissent voir leur corps “méritent” d’être violées. Depuis vendredi, les internautes réagissent.

Je ne mérite pas d’être violée“. A priori, pas besoin de le préciser. Mais les choses ne semblent pas si évidentes au Brésil. Depuis quelques jours, des milliers de Brésiliennes et Brésiliens s’affichent sur Twitter avec ce message. Dénudé(e)s ou non, à visage découvert ou caché, des indignés postent des photos d’eux sur le réseau social sous le hashtag “#NaoMereçoSerEstuprada” (“je ne mérite pas d’être violée”).

65% diz que se eu mostro meu corpo mereço ser estuprada. EU DIGO QUE NÃO! #nãomereçoserestuprada pic.twitter.com/yKt1x6b02s — Deusa Solar (@Deusa_Solar) 28 Mars 2014

#NaoMerecoSerEstuprada pic.twitter.com/NEEbQQZzs4 — enrico (@enpobre) 2 Avril 2014

La semaine dernière, un sondage public de l’institut Ipea révélait que pour 65,1 % des Brésiliens interrogés, le viol était “mérité” pour les femmes “portant des vêtements qui laissent voir leur corps“. La présidente du Brésil, Dilma Rousseff, avait elle-même réagi sur Twitter :

pesquisa do @ipeaonline mostrou q a sociedade brasileira ainda tem muito o q avançar no combate à violência contra a mulher #Respeito — Dilma Rousseff (@dilmabr) 28 Mars 2014

Le sondage de @ipeaonline a montré que la société brésilienne doit encore beaucoup avancer dans le combat contre les violences faites aux femmes. #respect” L’enquête, réalisée sur un échantillon de 3 810 personnes des deux sexes, révèle aussi que 58,5 % des personnes interrogées estiment que “si les femmes se comportaient mieux, il y aurait moins de viols“. La présidente brésilienne, qui avait promulgué en août 2013 une loi sur la protection des victimes de violences sexuelles, a rappelé dans plusieurs tweets que son pays pratiquait la “tolérance zéro à l’égard des violences faites aux femmes“. Elle a aussi témoigné sa solidarité à l’égard de Nana Queiroz, la journaliste brésilienne à l’origine du mouvement de protestation sur internet. Vendredi, près de 20 000 femmes ont simultanément mis en ligne leur photo sous le hashtag “#NaoMereçoSerEstuprada”. Beaucoup ont été compilées sur un Tumblr, et d’autres photos continuent d’être postées sur Twitter. Dans un pays qui cultive les paradoxes, où le culte du corps côtoie le catholicisme, les combats pour les droits et le respect des femmes sont difficiles à mener. En 2010, lorsqu’elle n’était pas encore présidente, Dilma Rousseff s’était engagée à ne pas légaliser l’avortement, pour des raisons électorales. Aujourd’hui, malgré quelques avancées comme la loi d’août 2013, la question de l’IVG divise encore.

 Nana Queiroz, journaliste brésilienne, est à l'origine du mouvement d'indignation.

Nana Queiroz, journaliste brésilienne, est à l'origine du mouvement d'indignation.

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