embusqué

embuscade : emprunté à l'italien imboscata, participe passé du verbe imboscare, “cacher dans un bois” ; de bosco, bois. Le terme d'embusqué est sorti de ce bois-là.

Qu'est-ce qu'un embusqué en 14-18 ? l'homme resté “à l'arrière”, loin du front. Une chair sans canon pour la déchiqueter, allant et venant librement dans les rues ? impensable ! Le 17 août 1915, fut promulguée par le ministre de la guerre Alexandre Millerand la loi Dalbiez, du nom du député radical-socialiste  des Pyrénées-Orientales Victor Dalbiez. Une loi “assurant la juste répartition et une meilleure utilisation des hommes mobilisés ou mobilisables”. En langage clair, vu l'hémorragie d'hommes sur les lignes de front, la chasse aux réformés, les “embusqués” en somme, s'ouvrait.

L'un d'eux prit des notes sur ces années. Aurèle Patorni, “réformé en temps de paix pour faiblesse de constitution”, et avant d'être affecté comme garde-voie à la gare de Pantin (Seine-Saint-Denis), sera “versé dans l'auxiliaire : “Je suis affecté au ministère de la Guerre. Scribe... Est-ce bien noble ? Ne dois-je pas me sacrifier à la patrie ? Les journaux écrivent que les blessés demandent à retourner au front, qu'ils arrachent leurs bandages et s'enfuient de leur couche. Je me suis traité de poltron, mais je me suis pardonné ma lâcheté en allant visiter un de mes amis, ardent patriote. Il avait, pour cause de migraine, un bandeau sur la tête.
Et il n'a pas arraché son bandeau.”

Patorni prend des notes d'embusqué *, donc, puisque c'est ainsi qu'on les montre du doigt, tentant de garder la tête froide face aux assauts incessants du patriotisme : « Je veux rester persuadé, malgré tout ce que je lirai, que M. Maurice Barrès (député de Paris, ardent nationaliste, surnommé "le rossignol des carnages" par Romain Rolland) n'est pas mort pour la France. » Non seulement pas mort pour la France, mais de plus... immortel, enfin, presque...

Patorni, qui deviendra libraire (91, rue La Boétie, Paris 16e) après la guerre, écoute et note ce qui sort, à l'arrière, de la bouche des ordinaires va-t'en-guerre, comme ce jour-là, à Pantin, lors d'un “raid de Gothas” : Si c'est pas honteux de taper sur des gens qui ne leur ont rien fait ! Et une matrone plus ardente que les autres s'écrie vers le moteur aérien qu'elle entend : — Allez donc taper au front, tas de lâches !

* Notes d'un embusqué, d'Aurèle Patorni, notes et postface par Eric Dussert, éditions Mille et Une Nuits, 3 euros

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