la troïka, une affaire de bourrins

Troïka : ce mot russe signifie "trio de chevaux attelés de front" : vient à l'oreille le petit bruit de clochettes de l'attelage glissant sur la neige du docteur Jivago.
Trotsky le premier a utilisé le mot en politique pour qualifier le trio Kamenev-Zinoviev-Staline qui s'était formé en 1922 pour contrecarrer son influence au sein du Parti bolchevik. Il aurait pu employer le traditionnel et latin triumvir (trois hommes, triumvirat en français), qui nous vient de l'histoire de Rome, mais il s'était voulu moqueur, comparant plus prosaïquement leur alliance à un attelage de canassons. Pour dire vrai, une troïka ou un triumvirat, c'est plutôt deux bourrins, car ces associations à hue et à dia se sont toujours et très vite mal terminées pour deux des attelés qui ont rapidement fini par se faire écarter et souvent occire par le troisième, dont ils ne soupçonnaient pas la malignité. La première connue dans l'histoire se produisit dans l'île grecque  de Samos, au VIe siècle avant notre ère – trois frères qui mirent beaucoup d'entrain à s'entre-estourbir : Syloson m'était conté.
C'est ce qui se produisit pour Kamenev et Zinoviev, pourtant des hommes cultivés qui auraient dû retenir les leçons de l'histoire : ils considéraient Staline comme un âne qu'ils pourraient facilement brider, et finalement c'est lui qui les a écartés d'une ruade.

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